
Ne pas laisser notre attention tomber dans le piège de l'addiction aux activités numériques. (DKOSIG / E+ / VIA GETTY IMAGES)
"Si c’est gratuit,c’est donc vous le produit",la formule est connue concernant le financement des services numériques en libre accès. La contrepartie de cette gratuité a – au-delà de notre profilage publicitaire – un vrai prix : notre attention.
L’attention est une qualité très humaine. C’est un processus cognitif qui permet à un individu de sélectionner,de concentrer et de maintenir ses ressources mentales à partir d’un stimulus spécifique. Il peut s’agir d’une information,d’un objet,d’une tâche à accomplir,sans se laisser distraire par d’autres stimuli. Comme des bruits de conversation ou une musique d’ambiance.
C'est en quelque sorte la "porte d'entrée" de la conscience et des processus mentaux par lesquels des connaissances sont acquises,traitées,stockées et ensuite mobilisées. Ce qu’on appelle la cognition.
Soit en enchaînant les publications pour prolonger au maximum le temps que nous leur consacrons,soit en suscitant un sentiment de manque ou de ratage (désigné par l’acronyme Fomo pour Fear of Missing Out,la peur de passer à côté de quelque chose).
Les Éditions de la Découverte publient,en mai 2026,la version française d’un Manifeste du Mouvement de libération de l’attention. Né il y a moins de 10 ans aux États-Unis,ce collectif interroge les effets,sur nos personnalités et nos vies en société,de pratiques nées de l’hypercorrection aux services numériques. Il analyse leur impact sur nos modes de réflexion et de pensée. À commencer par notre accès au monde,via les algorithmes des réseaux sociaux,qui est alors calculé selon nos préférences de consommation. Tandis que les principaux messages que nous recevons visent à aiguillonner notre angoisse ou notre indignation.
Seule certitude : les modèles algorithmiques mis en place par la plupart des services numériques surinvestissent dans les techniques de captation de l’attention. Le "temps de cerveau disponible",selon la formule devenue célèbre concernant le média télévisuel,est plus que jamais le matériau recherché en priorité par les producteurs de contenu dont les intentions sont économiques mais peuvent aussi être idéologiques.
Outre cette prise de conscience,cela passe sans doute aussi par l’élaboration de "refuges attentionnels". C’est-à-dire des lieux ou des périodes propices pour cultiver notre attention à l’abri des assauts des connexions numériques. Avec des activités qui rompent avec la solitude des usages numériques et valorisent les rencontres humaines et les réalisations concrètes. Soit très souvent des mesures de bon sens.
Il ne s’agit certainement pas de rejeter la société numérisée,mais bien d’en reprendre individuellement le contrôle,pour moins la subir.
